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Full text of "Requeste servant de factum pour Antoine Boulogne ayde-apoticaire du Corps du Roy, défendeur. Contre Roberte Richard, veuve Contugi, dit l'Orvietan, et son fils, demandeurs et défendeurs"

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20270 











Wr. 




Requejle fervant de Fa5ium^ 


POUR Antoine Boulogne Ayde-Apocicaire du 
Corps du Roy, Défendeur. 

CONTRE Roberte Richard , 'ueu'ue Contu^ , dh l'Or¬ 
viétan , 0^ [on Jib, Demandeurs 0* Défendeurs» 



Sire, 


Antoine Boulogne Aide-Apoticaire du Corps de Vôts.e 
Al A j E s T e" luy remontre très humblement, 

Que Roberte Richard veuve de Chriftophle Contugy ayant 
prétendu avoir feule droit de compofer & vendre de J’Orvie- 
tan, d’ouvr-ir boutique d Paris, 5c d’aller enviiîtechez les Apo- 
,ficaires, pour reconnoilire s’ils compofoient ôc debicoienc de 
l’Qrvietan, glle eut la témérité de faire enlever tout celuy qui 
fe trouva en la boutique du Suppliant : Et cette faifie fit naiftre 
une iqftance de Reglement de Juges entre le fîeur Lieutenant 
General de police, 5c le Lieutenant en la Prevofté de l’Hôtel, 
dans laquelle inftance Jean Regnaut Garçon de boutique du 
Suppliant fut rendu partie par ladite veuve Contiigi, Mais 
comme elle communiqua le titre fur le fondement duquel elle 
prétendait foutenir fon entreprife ,1e Suppliant en ayant pris 
îiedure, reconnut que la prétention de çecte veuve eftoit fans 






2’: 

£ôfldemeftt ny râifon( car ce titre n’eft qu'ün privilège accorde • 
i défunt Contugi en l’année 1647. ^ 

Ci veuve & pour fes heritiers ) tellement qu’il donna fa Requê¬ 
te au Confeil, par laquelle il demanda j qu’attendu que cePri* 
vilege eftbit^erfonel à défunt Contugi, & éteint par ion de- 
ceds, il fuft rapporté ,,dcfenfes faites à fa veuve de s’en fervir,, 
ny d*ouvrir boutique., & maindeve de la faille faite à fa re- 
quefte, avec dépens, dommages & intereflrs. 

Sur cette Requefte il fut. ordonné que les parties feroient 
fpmm^iremént otties. Du depuis la veuve Contugi rapporta. 
une confirmation du même Privilège accordé à fon fils, èç des 
lettres de fur-an obtenues fur icelle pendant le cours de la 
prefenteinftance : & joignit àc.ces pièces une Sentence d’enre- 
giftrement d’iceluy au Ghaftelet, par laquelle illuy eftoitper- 
mis d’en jouir, avec défenfes de î’y troubler. Ce qui obligea 
le Suppliant à demander par Requefte du 23. Aouft 1685. que 
fans s’arrefter aufdites iættres de fur-an & Sentence d’enregi.- 
ftrement .interprétant entant que befoin feroicledit Privilège, 
il. plût à; V. M. ordonner que Contugi fils feroit tenu confor¬ 
mement à iceluy, défaire dans tel temps qu’il plairoità V. M. 
une épreuve publique pardevant les Magiftrats de cette Ville 
de Paris & autres lieux, de l’Orvietan qui auroit efté par luy. 
compofé , fauf'à luy â le débiter ainfi que Ton pere fur le thé⬠
tre dans tous & tels lieux dü Royaume que bon luy femble- 
roic i avec défenfes à luy d’ouvrir boutique: Ét en confequen- - 
ce le,Suppliant demanda d’eftre maintenu & confirmé ainfi i 
que fes Confrères , au droit de faire & compofer de l’Orvie- 
ran , le vendre 8c débiter , 8c toutes autres eompofitions dé¬ 
pendantes de la Pharmaeie, avec défenfes audit Contugi de 
les troubler ny inquiéter 5 8c en outre , que la mere 8c le fils-■ 
fuflent condamnez en tous les dépens j dommages 8c interefts,- . 
6c aux dépens de l’inftance. 

Dans ce même temps le Suppliant infiftoit à foutenir fous le- 
bénéfice de fa prife défait 8c caufe pour Regnaut fon Garçon ^ 
de boutique ^ qu’il devoit eftrè mis hors de Cour 8c de pro-- 
cez.-Régnant de fa part foutenoit n’avoir aucun intereft dans 
l’înftânce , 8c pour le faire connoiftfe iil déclara qu’il n’avoit 
jamais entendu compofèr , vendre , ny débiter de l’Orviétan, 
8£..qu’il:n!aV.oit agl que comme.Garçon de Boulogne fon.maî^ 




rrei Et qtroy qû’cn cet ëtattil diitèftre mis hors dé Cour, 
neanmoins les Reglemens de l’inftance furent déclarez com. 
muns avec luy ^^r Arrefl: du 19.juillet 16S5. à condition tou- 
;tefois que ledit Arrcft ne pourroit préjudicier aux parties, ea 
procédant au jugement de l’irtftance 1 laquelle ayant efté enfin 
iiinifeen état, il eft intervenu un fécond Arréftleiy. Mars iég^. 
par lequel V. M. a retenu à foy Sc à Ton Confeil y la connoif- 
;Iance>du procez d’entre les parties , & ordonné que dansibui'- 
taine elles ajoâteroient à leurs productions tout ee que'bon 
:leur fenribleroit, pour leur eftre fait droit ainfî que deraifon. 

Le Suppliant qui defire mettre fin à cette affaire , qui voit 
qu’elle ne luy a efté fufcicée que par un efprit dejaloufie^pour 
le détourner de fes occupations ordinaires,a erd pour fatisfaire 
à cet Arreft,devoir expliqueraquoy fe reduifent les queltions 
à juger après cet Arreft de rétention, qui décidé le corHfiic't": 
ill fupplie donc V. M. de conïïderer qu’il ne refte plus quU 
examiner les queftions du fond, qui fe reduifent à fçavoir. 

i*. Si depuis le decez de défunt Contugi fa veuve a pd fe pre- 
■valoir du Privilège de Ton mary,, Sc fous prétexté d’iceluy ou- 
‘vrir boutique à Paris, ÔC vendre 5 c débiter publiquement de 
l’Orvietan. 

2®. Si cette veuve ayant fous prétexté de ce prétendu Privi¬ 
lège ouvert boutique, vendu 8c débité publiquement de TOr- 
vietan , & entrepris de faifîr tout ce qu’elle a trouvé dans la 
boutique du Suppliant fous le nom d’Orvietan, cette faifie doit 
Tubfîfter, ou eftre déclarée injurieufe Sc déraifonable , avec 
dépens , dommages , interefts. 

3'*. Si le fils de fa veuve Contugi ayant furpris des Lettres de 
confirmarion du Privilège de fon pere en fa faveur ,.il en peut 
joüir fans accomplir les conditions fous lefquélles cette grâce 
luy a efté accordée. 

4®. Si ce même Privilège peut eftre étendu au deda de fes 
bornes, c’eft-à-dire, fi le fils peut joüir, Sc demander d’avoir la 
liberté de faire ce qui ri’a jamais efté accordé à fon pere , qui 
îi’a jamais eû qu’une faculté ambulante, Sc non d’ouvrir bou* 
tique à Paris , Sc s’y fixer une refîdence. 

Si Contugi peut empêcher les Apoticaires de compofer 
^vendre Sc débiter de POrvietan, quoy que ce foient des fon¬ 
dions infeparables Scindivifibles de leur Art. 

A ij 


6^. Si Contugi&Ta mere ont quelque droit de vifftefurles 
Aponcaires. 

Et en feptie'me & dernier lieu , fi le Suppliant ayant pris lé' 
fait & caufe de Regnaut fon Garçon de Boutique , la veuve 
Contugi & Ton fils, qui l’ont nonobftant cela retenu en caufe,. 
peuvent fe difpenfer de luy payer tous les dépens aufquds ils- 
ont donné lieu. 

A l’égard de la première queftion, V. M. eft tres-humble- 
menr fuppliée d’^obferver que Contugi pere, qui eft'oit un Opei 
rateur courant toutes lès Villes du Royaume avec une troupe* 
de Bafteleurs, craignant ( que parce qu’il eftoit étranger ) on 
rie l’empéchât de continuer fes fônélions 6c fon exercice, quoy 
qu’il fe fiifi: depuis quelques années habitué dans le Royaume, 
obtint de V. M. un Privilège pour luy (èul, fans qu’il’y foie' 
parlé de fa veuve nydefes heritiers en l’année 1647- Par le¬ 
quel Privilège , pour liiy donner moyen d’y continuer fa pro- 
fslIîon,V. M. lùy permet de vendre & diftribuer l’Orvietan* 
par tout le Royaume, après que l’épreuve en auroit efté faite 
pardevant les Magifi'rats des lieux où il voudroit le débiter. Cù 
Privilège eftant perfonnel à défunt Contugi, il’a efté éteint par 
fon decez,6c dés ce jour fa veuve a dû celTer de s’en prévaloir. 

Il y a plus 5 car par ce même privilège V. M. n’a jamais 
donné à défunt Contugi la liberté dè fe fixer une refidence a 
Paris, ny,d’y ouvrir boutique-5 mais fimplement une faculté 
ambulante pour l’exercice de fS profeffion d’Operateuf mom 
rantfurle tlieatre. Mais jamais il n’ÿ a eu d’exerriplé que la' 
veuve d’un homme qui s'eft dit Operateur > d’ün homme , en-- 
core un coup,82: pour parler-plus jufte, qui a fait.le baftéleur, 
qui a couru toutes lés Villes dü Royaume, pour vendre 6C de- 
birerfurle theatre l’Orvietan qu’il compofoit , ait droit de fe 
venir, fixer.de fou autorité une refidence à Paris, SC d’y ouvrir 
boutique au préjudice des A'poticaires. C’eft un coup trop 
hardi jSc encore plus', d’avoir le front dè fôutenir en Juftice 
une telle entreprifè: ellè qui fçait que dans une Villê comme 
Paris, capitale du Royaume.,, perfonne n’eft reçû à y ouvrir 
boutique fans titre y 8 c que n’en ayàrit aucun qui-lûy donne ce' 
pouvoir, cefiiy mêine dé fon mary ne l’accordant-pas , n’y 
eftant même fait’aucune, mention de cette liberté d’ouvrir 
ha U ti qpLe..,^quLu’eftr jamais, foufenten'duë 5 c qui.'doit eftre- ex- 


pliquëe & accordée en termes précis & formels. Ainfi elle n’a 
pas dû ouvrir boutique: & le Suppliant & fes Confrères efpe- 
rent que V. M. luy fera défenfes, &: à fon fils ,d’en ouvrir à Taw 
venir à peine de 300a. livres d’amende , dépens , dommages 
& interefts. 

Après l’établifiTement de cette première queftio& il elî facile' 
de décider la fécondé, car comme cette Veuve n’avoit ny titre' 
pour ouvrir boutique, ny privilège pour vendre de l’Orvietan, 
elle en avoit encor moins pourjfaifir celuy quis’eft trouvé en la’ 
boutique du Suppliant. Ainfi cette faifie faite fous le nom feu!’ 
de ladite Veuve Contugidoit eftre déclarée injurieufe & dé- 
raifonnàbleavec dépens, dommages 5 c interefts qui font da¬ 
tant plus Gonfiderables qu’elle a mefme fait fermer la boutique 
du Suppliant,.cafte & brifé tout ce qui s’y eft trouvé, rompu' 
6c enlevé l’enfeignej & enfin fait des violences fi extraordinaires 
que le Suppliant a efté obligé d’en faire informer: Cependant' 
il déclaré que pour lefdits dommages 5 c interefts, 5 c la perte 
de tout rOrvietan qui a efté enlevé par lefdits Cohtugi dont' 
la compofition luyavoit coûté des fommesconfiderables, il fe' 
reftraint à trois mil livres, fi mieux ladite Veuve Contugi, 
n’aime convenir d’experts pour en faire l’eftimarion. 

Quant à la troifiéme queftion il eft certain que Conrugi' 
fils n’ayant obtenu la confirmation du Privilège de fon Pere', 
5 c permi.fTîon d-'en-jouir qu’à condition;, 5 c a près qu’il an- 
roic fait l’épreuvede fa compofition pardevanrlcs Magiftrats' 
des lieux où,il en voudrottfaire le débit : l’on ne peur îbiiffrir' 
qu’il en joiiifle qu’aprés qu’il aura rempiy cette condition, 
qui eft. fufpenfîve delà grâce qui luy a efté accordée, côrl. 
dkionà laquelle on ne fa engagé que pour la feureté publil 
que; cependant le fieur de la' Ricynie rr’a pas lailTé de Tuy 
permettre de joüir de ce Privilège par Sentence du r6. ‘Juin' 
1^,83. rendue par attentat, 5c au préjudice'de l’inftance dit 
Çoafeil, 6c mefme contre la difpofition du Privilège diiilit 
Contiigi qui ne veut pas qu’il en jouïfte qu’aprés qn’Pl aura 
fatisfait 5 c. donné des preuves publiques de fa capatiré par 
L’épreuve de fa compofition, ainfi cefre Sentence étant 
attentatoire,.rendue au préjudice de i’inftanre du' Confenj 
elle doit eftre cafTée 5 c annulée, 6c défenfe faite audit Gon!- 
6ugi fils de jouir dud. Privilège qu’aprés qifil aura fatis-faïc'àli; 


€ 

con.^irion qui luyae'fté impofée par iceluy, & fous îaquèlic. 
V. M. a bien voulu luy permettrede vendre i'.Orvietan comme 
ion pere ;fur le théâtre. 

Pour ce qui eft de la quatrième queilion pour Ajavoir :ïï ce 
même Privilège peut erre étendu au delà de (es bornes, &'file 
fils peut demander ce qui n’a jamais efté accordé à Ton pere , 
elle eft facile à décider, le mot de cocrfîrmation de Privilège 
eft le terme donconife fertpour renouveller des grâces précé¬ 
demment accordées, mais toutesles.fois qu'il furvient quelques 
,conteftacions fur ces confirmations; l’on recourt an premier 
titre afin de reconnoiftre ce qui a été accordé à-celuy qui a 
précédé ceux qui veulent joüir de la confirmation. 

Ce n’a jamais efté Idntention du Suppliant de contéfter à 
Contugi l'exercice de laprofeffion de fon'Pere Operateur mon¬ 
tant fur le Theatre, après quai aura fait l’experience & le^ 
(épreuves publiques de l’Orvietan dont il prétend’faireledebit.j 
& fans l’aveuglement dudit Contugi les parties feroient bien- 
îtoft d’accord, puifqu’on ne luy contefte rien de ce qui luy a été 
accordé. 

Et afin de faire connoiftre cet aveuglement, il rî’y a qu’à exa¬ 
miner ce qui a été accordé au Pere pour fçavoir ce que doit 
avoir le fils,; il efteonftant que le pere eftoit de fa profefSon 
■Operateur courant toutes les Villes du Royaume avec une 
Troupe de Bateleurs : qu’enl’an 1647.il obtint de V. M. per- 
mifiion de continuer cette profeffion dans le Royaume quoy 
.qu’étranger,.étant Italien; fonfils pouroitmefme trouver dans 
quelques titres de fà famille le fameux nom de fon pere autre 
fois appellé Capitan Scapamonte, & fans chercher ailleurs que 
dans fon fada preuve de fon employ l’on y trouve deux Arrefts 
par lefquels il paroift qu’il en eftoit fi jaloux, que ne voulant 
rpoint foufFrir de compagnon il fift abbattre à la Rochelle & à 
Paris les Théâtres & difperfa les Troupes des nommez Bary & 
l’Archambaud, Bafteleurscomme luy, c’eftoit-là fa profeffion, 
il l’exer^oit publiquement par tout le Royaume en confequence 
éelapermiffion qui luy avoir efté donnée par V. M. fans quoy 
il n’auroit ofé y refter fi long- temps, & ces Arrefts font les titres 
autentiques par lefquels on peut juftifier quel eftoit fon em- 
ploy J mais il ne s’^n trouve pas un qui luy donne pouvoir de te¬ 
nir boutique ouverte^ ny de fe fixer une reftdence à Paris, fous 


prétexte de la fîrnple faculté ambulante quîluy a voit eftc accor* 
dée pour diftribuer fon Orviétan par tout le Royaume. 

C’eftjfur ce pied que l’on doit regler ce qui eft attribue à 
Contugifîls} le Suppliant & fés confrères n’en tendent pas 
le priver de là liberté de pantalonner fur. le Theatre comme 
fon pere, il peut continuer fa profelîîon, raflèmbler les débris 
des troupes que fon pere a diffipées, Sefe mettre en état de 
jouir des avantages que fon pere a recherché avec tant d’em; 
preflêment, le fuppliant n’en fera jamais jaloux, & fes confrè¬ 
res luy lailTèront la liberté dé l’exercer publiquement } car ja¬ 
mais ilsn’onteu l’efprir alTés bas pour avoir de la jaloufîé d’un 
tel employ ! mais du moment qu’un homme dé cette profef- 
iron veut empiecer fur d’autres il y a des réglés pour luy donner 
des bornes, & l’obliger à fe conformer à fon Privilègeî'C’eft:- 
ce que le Suppliant efpere de V. M. Et qu’attendu que jamais^ 
Gontugipere n’a eu la liberté ny le droit d’ouvrir bouri'que^ 
fe fixer une relfdence à Paris : Elle fera deftenfé à fa veuve 
6 c à fon fils d’Ouvrir boutique à Paris , veu mefme que cette 
entreprife ferpit contre les termes précis dé fon Privilège qui 
veut qu’il coure par tout le Royaume, 6c aillé de' viMe en ville. 

Q^ant à la cinquiéme queftion il fera facilé aux fuppliants 
«ie faire connoiftre que Contugy fils n’a ny titre ny droit ny rai- 
fon pour entreprendre de cèaeefter aux Apoticaires la com- 
pofi tion 6c débit de l’Orvietan , puifque ce font des fon étions - 
infeparables, ôc indivifiblés de leur art, ^qu’ils y doivent eftre ' 
maintenus avec intereft'dû trouble. ^ 

Là Pliarmacie n’a eu pour principal objet qu’une compila¬ 
tion d’un nombre infiby de remedés pour là confervation de 
là fan té de l'homme en preferivant les moyens dé compofer 
des prefervatifs contre les poifons, dés confortatiFs contre le ' 
mauvais air, 6c generalemenrtout ce qui peur mettre l’homme 
àl’abry des fâcheux accidens donril eft accablé chaques jours. 

Les Autheurs les plus anciens, les Facultez les plus celebres' 
6 c les plus ftudieufes qui ne fe font attachées qu’à la conferva- 
tron de l’homme ont crû ne pouvoir faire un ouvrage plus ntilè 
au public qu’en luy facrifiantle fruit de leurs travaux, 6c pref- 
crivant la maniéré dé préparer l’Ofvietan remede infaillible 
contre le poifon quâd la compofirîon ou prepai'atiôn en eft faite 
pat des gens expérimentez tant en la connoilTance de ce qui. 


8 

doit y entrer, qu’en la compoiîcioii, mixtion & préparation 
de cet Oppiat. 

Scroder en voulut lai-flerune defcription à ceux qui le furvi- 
yroientjles Pharmacopées de Rome depuis quatre/îecles, celles 
idè Bruxelles, d’Anvers, de Lyon, l’AugulVane, cellèsde Ve- 
nifcjde Naples, celle de Charas compoféepar l’ordre de V. M. 
^ un noriabre extraordinaire d’autres ont rendu ce remede pu¬ 
blic par la nece(fité6c utilité prelTantb de ceux qui en ont be- 
foin dans les maladies qui teurfurviennentfuivant lefquellesles 
Médecins ordonnée chaque jour aux Apoticaires de mettre dans 
lesrenaedes qu’ils préparent fur leurs ordonnances tantoft de 
l’Orvietan delà compofition Auguftane, tantoft de celle dç 
la Pharmacopée de Lyon, & tantoft de celle de Rome, de 
yenife, ou d’autresfuivant les maladies où le remedeeftne- 
ceflaire, & cela ne fe fait & ne s’ordonne que par la parfaite 
connoilTance qjae les Médecins ont de ce qui entre dans les unes 
les autres de ces compofitions, 

11 n’en eft pas de mefme de l’Orvietan que la veuve Con- 
tugi &fon fils vendent, les Médecins n’en ordonneront jamais 
de leur compofition, parce qu’elle leur eft inconnue, & qu’ils 
fçavent que quand elle auroit efté dérobée dans quelqu’un des 
Autheurs qui en ont écrit, comme il le faut croire, ils ne pou- 
roient y prendre confiance, fçachans que la compofition, 6C 
préparation en font extrêmement fufpedes par l’imperitie 6c 
l.e peu d’experience de lad. veuve, ôc de fon fils qui fe mêlent 
de la faire, ôc qui n’ont jamais ofé en donner des épreuves 
publiques,6cPon pouroitraporter des preuves qu’ils ont acheté 
des Epiciers des racines toutes vermoulues preftes à jetter dans 
lesruës, dont ils fe fervoient pour compofer leur Antidote, 
qualités fuffifantes pour en enerver tout PefFet, 6c perdre 
peux qui eftoient aflez faciles pour fe confier à une telle com¬ 
pofition. Jamais ce qui entre dans l’Orvietan ne peut eftre 
jtrop pur ny trop frais, 6c jamais la mixtion 6c compofition 
ne font un elFet fi contraire ôc infruétueux que quand les ra¬ 
pines 6c autres chofes qui fervent à cette compofition y font 
mifesporrompuës 6c altérées j car elles n’ont plus la force qu’il 
faut pour reprimer l’ardeur 6c la vigueur du poifon. 

Il ne faut pas auflî s’étonner fi l’on a fi fouventouy des plain- 
,tçs du peu d’effet de l’Orvietan de Contugi, chaque jour il s’eqi 

faip 


fait , 8 c fans rechercher ceux qui les font, qui peur fe perfua- 
^er qu’une femme fans expérience, ôc fon fils (ans avoir au¬ 
cune teinture de medecine ny de Pharmacie fçache 8 c puifiê 
faire les mélanges, les préparations, les codions, & rcgîer 
tout ce qui entre en la compoficion d’utï remede que les Apo- 
ticaires n’entreprennent qu’âpres de grands travaux, de lon¬ 
gues études^ des expériences publiques & réitérées, la confe- 
dion de leur chefd’ceuvre, Bc avoir donné des preuves certai¬ 
nes de leur capacité pour pouvoir eilre ^dmis, & avoir la liberté, 
d’exercer cet Art. 

Et pour defabufer- ou plutoft faire cefler robftination,de 
Contugifur l’enteftement defon fecret, le Suppliant rapporte 
trois thefes par lerquelles il paroift que cette compofition eft 
publique,& qu’elle aefté faite à Paris en prefencedu fieurdc 
ja Reynie,& du fieur Procureur du Roy du Chafi:elet,-desfienrs 
Médecins de la Faculté, par Henry RouviereScmdicdes Apo- 
ficaires des Maifons Royales » & à Poidiers publiquement par 
Jean du Bois 8 c Q^nrard Apoticaires,& qu’il cefife donc de 
dire quecette compofition eft un fecret héréditaire en fa famille, 
&de s’oppofer par cette voyeau bien public & au foulagemenc 
de vos Sujets pour lefquels ce remede ne peut eftre trop public 
dans un temps où tant de gens ont efté aceufez de poifon. 

En cet état le Suppliant efpere de la^ftice du Confcil que 
l’on le maintiendra auffi bien que fes comreres en la polTeflion 
.& joüilTance de ce qui dépend de leur art, & que l’on fera 
défenfe à la Veuve Contugi & à Ton fils de les troubler direde- 
ment ou indiredement. 

Par ce qui a efté cy-devant obfervé Voftre Majefté voit que 
la compoficion de l’Orvietan fait une des principales , & plus 
cflentielles parties de la Pharmacie, que jamais Contugi pere 
n’a prétendu par fon Privilège ofteraux Apoticaircs la liberté 
de faire ce qui dépend de leur art, quïl s’eft uniquement atta¬ 
ché aux bateleurs comme luy, 8c a fait abbattre leurs thé⬠
tres fans attaquer les Apotîcaires j 8c fi fous des prétextés pa¬ 
reils à' ceux dont Contugi 8c fa mere fe fervent l’on pouvoic 
demembrer ce qui dépend de là Pharmacie les Apocicairesfe 
trouveroientinfenfiblement fans fondions , contre l’inrention 
de V. M. 8c l’ordre qu’elle veut eftre obfervé dans les arcs 
& métiers. 


lO 

Quant à la fixieme queftion, pour fçavoir, fi la veuve Contu- 
gi &: l'on fils ont droit de vifîte dans la boutique des Apoticai- 
res, comme ils le prétendent, elle fe- décidé en deux mots.: 
car l’on a cy-devantfait corinoiftre que la mere n^avoitaucun 
, Privilège, que celuy do fils ne pouvoir avoir fon-efFet qu’aprés 
qu’il auroit remply la condition fous laquelle il luy avoitefté 
accordé, qu’il ne luy donnoit autre droit- que de moacer.fiir 
Je theatre , 8c courir toutes les Villes dû Royaume, ôc que 
fon pere n’àvoit jamais prétendu autre chofe î ainfice. pre.; 
tendu droit de vifîte eft une vifion denuée de tout fondementi 

te Suppliant paffè plfis avant, 8C dit, comme il à déjà fair„ 
que la compofîtion de l'Orvietan a efté connue ôcenfeignéè, 
par les A’utheurs cy -devant dénommez dépars plus de dî» 
fieclés, que par leurs Livres cette compofition a efté renduS’ 
publique, que dé tout temps elle a fait partie dès remedes 
que les ApotiCaires ont droit de compofer Tellement qu’il 
ïautenvifager Cbntogi Operateur Italien comme un homme 
qui-a voulu avoir cette faculté fans fe faire recevoir maiftre,,. 
fans aclietter aucune charge, ny mefme fe faire naturalifer -, 
8 c l’on laiffè à juger en cet état s’il y a quelque apparence dé 
raifon qu’èn lûy accordant cette liberté V. M. ait voulu eiv 
mefme temps inrerdirè à^ tous les Apotieaires du Royaume la: 
liberté défairerp mâiours fait.& par' cette voye 

ofter à fes Sujets les^moyens du fuhfîftér dans le temps qu’ili 
fiipporrent toutes-les charges, pour donner à cet étrange» 
tout' CO qui farfoie fùbfifter un nombre infiny de familles 
G’eft ce que Contugi ne peut pas foutenir ; mais au contraire; 
H doit convenir que fon pere Sc‘luy ayant par grâce, obtenu 
le pouvoir de faire cette compofition, que les A'potrcaires 
ont faite de tout temps, il eft luy même lujet à la vifîte: dea 
Apoticaires, pour reconaoift're fi* ce quhl nriefte dans fa-.comi 
pofîrion eft dans'l’ordre j bieîî' Idn de pouvovr^pretendre d’a.- 
voir fur eux un droit d’infpeftion & de vifîte fon pere plus 
fege-que kty ne l’a jamaispretendù, parce qu’il connoifibit ca 
quilùy a voit efté accordé. Ainfî il faut quMl- fe foumetüe lüy* 
même à l'a vifîte lors-qu’il entreprendra-de vendre publique^ 
mener de l’Orvietan fut le Theatre, comme illayaefté per- 

Lnfîà.. 1 er Suppliant eft. oblîgç: de. fe“ plàindre^des. .’v exatioü§ 


l’brr exerce contre Régnant Ton Garçon de boutique ^ 
que, la veuve Contugi & fon fils retiennent en procez , quoy 
que le Suppliant ait pris fon fait & caufe. Mais comme l’on 
s’eft fuffifammenc expliqué dans l’inflance fur cette queftion^ 
le Suppliant n’en répétera rien , & fe contentera feulenvens 
de dire , qu’il eft confiant que la mere n’avoit aucun' tiire 
pour faifîr, que celuy dont elle s'efi prévalue , efioit 
éteint par le decez de Ion mary, & ceiuy de Ion fils furanné j, 
& que d’ailleurs l’execution en eftoit lufpenduë julqu’à ce 
qu’il eût remply la condition fous laquelle il luy avoir efté ac» 
«ordé que rOrvietan n’eftpointun feeret particulier à fa fai 
mille, mais au contraire une compofition publiquement cons. 
nue & enfeignée depuis plus de fix fîecles par differentes 
PHarmacùpées : que les Apocicaires Pont toujours faircoîti^ 
me une dépendance de leur Art : & qu’enfin ce feroic réduire 
leur profeffion à' rien, s’ifefioir chaque jour pernais d’en dé¬ 
membrer les fonélions, fous prétexté de tels Privilèges, par" 
lefquels V. M..n’âr jamais entendu donner atteinte au droir: 
public : au contraire elle a fi peu eû deffein de l’alterer en fa¬ 
veur. de cet étranger', que les défenfes de le troubler ne font 
•que contre ceux de fa profeffion, bafieleurs Ôt courant le 
Royaume comme luy. 

^ / A ces. G^aufes, S l RE,, plaife à V p t r e M j e s t e’ 
donner ade au Suppliant de ce quË' pbtîr fatisfaire audit Ar; 
refi de rétention il employé les trois Thefes cy-devant énon-- 
cées,avec ce qui a efié par luy cy-devant écrit & produit, 
& le contenu en la prefente Requefie ; Et en confequence 
fàifant droit fur l’înftance , ordonner que le Privilège de dé¬ 
funt Contugi fera rapporté, faire défenfes à fa veuve de s’en ■ 
plus fervir, déclarer la faifie faite à fa requefie fur le^M|k 
pliant nulle , injurieufe &: déraifonnable , la condâfl^K 
aux dommages & interefis du Suppliant', pour lefquelsW^ 
refirainü à la fomme de trois mil livres, & aux dépens , tant . 
envers le Suppliant. que Regnaut fort Garçon : Et à l’égard 
dudit Contugi fils , fans s’arrefierà la Sentence dudit fieurde 
la Reynie,qur fera caffée ôi annuîléè comme attenta toite, luy 
faire défenfes d’exercer fon Privilège jufqu’à ce qu’il air farif. 
fait lia. condition qui luy a efié impofée-par iceluy, faufàluy. 


fi ■ 

«prés qu’il aura remply cette condition , de vendre & débiter 
rOrvietan fur le Theatre, comnae fon défunt pere , par toutes 
Jes Villes & lieux du Royaume : avec défenfes à luy ôc à fa 
mere d’ouvrir boutique à Paris, ny de vendre &c débiter ladite 
compofition ailleurs que fur le tbeatre, fans préjudice au Sup¬ 
pliant &c i fes Confrères, de le vifiter lors qu’il voudra faire fa 
compofition, pour reccnnoiftre fi jes racines & autres chofe* 
donc il fe fert font de bonne qualité .* Et en outre condamner 
la mere & le fils en tous les dépens faits par le Suppliant, tant 
i la Prcvofté de l’Hotel, Grand Confeil, qu’au Confeil Privé, 
,& le Suppliant continuera fes prières pour la profpeiité &laacé 
.de VÔTRE MaJeste' Signé, Varenne. 

signifié à Me Baudooio Avocat de pactie adveife, patlant k Ton Cleic , le umiia$ 
luUlcc 1S85. Signé, 

Monfmr $OVCHV , Ra^pomm 

^ARENKE Avocat 



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